Thea Ehre dans Tatort : un rôle non explicitement pensé comme trans

12 octobre 2026

L’actrice autrichienne Thea Ehre voit cela comme une étape importante pour porter à l’écran des personnages dont la biographie de genre n’est pas thématisée à la télévision. Dans le Tatort de Kiel, la jeune femme trans de 26 ans incarne Paula Rinck, criminologue médico-légale — un rôle conçu dans le scénario comme une figure d’enquête régulière et sans passé trans.
Dans une interview accordée au « Kleine Zeitung » (édition payante), Ehre a qualifié cette distribution de véritable succès en faveur d’un casting plus différencié: « J’ai aussi joué d’autres rôles où mon identité trans n’entre absolument pas en jeu. Mon objectif est qu’un personnage bénéficie de sa propre histoire. Ce qui m’intéresse, c’est la psychologie qui se cache derrière: comment fonctionne cet être? Qu’est-ce qui se cache en lui ? »
Ehre ne veut pas être réduite à « jouer toujours soi‑même », mais préfère se concentrer sur l’élaboration de personnages complexes. En réponse à la question de savoir comment le public télé perçoit son personnage, la lauréate du Bear d’Argent reste lucide: « Certains spectateurs me liront comme trans, d’autres non. Les deux options sont acceptables. Je ne peux pas influencer la manière dont les gens me lisent ou ce qu’ils écrivent à mon sujet. Moins je cherche à en piloter le sens, plus c’est facile pour moi. »

Violence sexuelle contre les femmes : « Pourquoi faut-il montrer ces images ? »

Outre le débat sur les propositions de rôles, Ehre s’est aussi exprimée sur la représentation des féminicides et de la violence contre les femmes dans le genre policier. Elle a interrogé la tentation trop sensationnaliste de montrer cette violence: « Il faut parler des violences faites aux femmes, il est important d’en parler. Mais je ne dois pas les voir de manière explicite. Surtout lorsqu’il s’agit de violence sexuellement explicite, je me demande: pourquoi devons-nous montrer ces images ? »
Elle a en même temps souligné que les sentiments de menace au quotidien constituent une réalité partagée par toutes les femmes. Elle aussi a vécu ce type d’expériences — ce n’est pas uniquement lié au fait d’être trans, mais aussi au fait d’être une femme, déclare Ehre. « Beaucoup de femmes connaissent ces situations: on rentre chez soi la nuit, quelqu’un siffle après soi, il faut traverser un groupe d’hommes ou on est touchée dans le métro. »

Elle déplore également un net recul sociétal et politique envers les personnes trans. Elle s’est demandée: « Si cela continue, puis-je encore travailler ? » Malgré tout, Ehre demeure optimiste quant au secteur des médias. Se retirer n’est pas une option: « S’enfuir n’est pas une option. » Après des tournages à Vienne, l’actrice tourne désormais aussi à l’international et prévoit à l’avenir des apparitions dans des productions historiques.

Élise Fournier