« Pour moi, le cœur de la soirée repose sur une personne qui parvient à une satisfaction intérieure avec elle-même. (…) Mais si l’on suit l’intégralité de l’histoire, chacun peut se reconnaître chez Hannah, peu importe l’identité de genre qu’elle affronte. »
Voici ce que déclare Rahel Thiel, la metteuse en scène, à propos de l’essence de l’opéra de 70 minutes « As One » de Laura Kaminsky, créé le 4 septembre 2014 à l’espace Fisher de la Brooklyn Academy of Music. Cette œuvre raconte la découverte d’une identité trans et l’acceptation heureuse de soi; elle a été présentée dans plus de soixante-cinq mises en scène à travers le monde — de la Suède à l’Australie — et, en Allemagne, notamment à Regensburg et Giessen. Désormais, elle est aussi à l’affiche du Semper Zwei, la scène du studio de la Semperoper de Dresde. Le livret est signé par le vétéran Mark Campbell, qui a aussi écrit les paroles de l’opéra « The Shining » de Stephen King actuellement joué à Regensburg et Stralsund, et par Kimberly Reed.
Thèmes LGBTQ+ dans les institutions culturelles de haut niveau
Un chemin de développement se fait aujourd’hui jour de manière expansive dans les institutions culturelles d’envergure — comme il y a cinquante ans pour la libération gay et lesbienne. D’abord, on a pris acte de l’existence de déviations par rapport au courant hétéro-normatif. Dans une deuxième vague, s’ouvre la lutte pour la reconnaissance, puis vient la question du ressenti des identités évoquées et de leurs rôles sociaux fragiles.
Plus encore, il est crucial d’aborder ces thèmes, car ce n’est qu’en 2022 que l’Organisation mondiale de la Santé a officiellement retiré la transidentité du catalogue CIM des maladies mentales. En 1930, Lili Elbe, dans la clinique féminine de Dresde — non loin du lieu de la représentation — a subi l’une des premières opérations mondialement documentées de réassignation de genre.
Mut zur Einmaligkeit
Pour la cheffe d’orchestre Naomi Shamban, le récit d’Hannah représente surtout l’arc qui va de la peur au courage. Ainsi, dans « As One », il ne s’agit pas principalement du processus de transition et de l’apprentissage d’une nouvelle identité, mais avant tout de la reconnaissance de l’altérité à l’adolescence, du changement et de la connaissance de soi qui en découle. L’« jeune » Hannah est le baryton Gabriel Rollinson, et l’« plus âgée » est la mezzo-soprano Dominika Åkrabalová. Le quatuor à cordes dispose, sur la scène du Semper Zwei, en plus de l’espace de jeu entouré de rideaux blancs (direction scénique: Fabian Wendling) de deux positions assises et se déplace dans le vaste espace sombre. C’est seulement lors de l’expérience d’Hannah d’une agression transphobe que les sonorités s’élèvent. D’ici là, elles forment avec les voix une longue et souvent calme assise sonore, homogène.
Lien direct | Bande-annonce de l’opéra |
Kaminsky demeure sur le registre du combat intérieur d’un personnage qui se duplique avec lui-même. Dans les cinquante premières minutes, ce ne sont pas des clashes destructeurs car Hannah, jeune porteuse de blouse sous sa veste, et Hannah après la transition ne s’opposent pas dans une dispute autodestructrice, mais s’examinent avec une certaine empathie. Elles sont psychiquement et émotionnellement liées. Des inscriptions projetées (vidéo: Clemens Walter) soulignent, par la proximité avec leurs entourage, le chemin parcouru, l’accord intérieur et l’éveil de la personnalité d’Hannah.
Dialogue entre l’identité extérieure et l’identité véritable
Le traitement hormonal passe rapidement et se fait derrière le rideau. Dans une large cantilène, il s’agit des mutations intérieures et du bouleversement psychique, du port extérieur masculin vers une féminité pleinement intégrée. Dans cette progression de scènes, la production atteint son plus haut degré d’urgence. Thiel place souvent les deux personnages en proximité physique; ils se révèlent plus attachés l’un à l’autre qu’au monde extérieur. Des habits souples et fluides marquent ce passage (costumes: Judith Philipp) — le jeune Hannah en blanc lumineux, l’aînée en violet profond. Tous — y compris le quatuor et la cheffe d’orchestre — arborent des cheveux rouges.
Cette évolution de la personnalité demeure perçue comme marginale par la société et crée en elle-même son propre cosmos d’expérience. Une table en bois et quelques accessoires soigneusement choisis constituent la scénographie. Le gris rugueux du monde extérieur s’efface. Dans cet espace, l’ample développement intérieur se suffit à lui-même, comme dans une vieille pièce d’opéra où les émotions, affrontant des résistances extrêmes, créent leur propre univers. Le résultat, lors de la seconde représentation au Semper Zwei, s’avère poétique et rond. Mais après les premiers essais de flirt dans cette nouvelle position féminine, Hannah ne peut se sentir en sécurité. Elle fait face à des confrontations et à des actes de violence.
Autres représentations de « As One » à la Semperoper sont prévues les 25 et 26 juin 2026 à 20h, et une dernière le 28 juin à 16h.
