Qu’avons-nous réellement sur la relation entre l’autisme et la transidentité ? Probablement pas grand-chose. Et probablement aussi rien de vraiment précis, à part ce que l’on peut entre-apercevoir ici ou là. À moins d’appartenir soi-même au groupe des personnes qui sont à la fois autistes et trans. Ou bien d’être comme Gabi Rimmele, accompagnante de vie de personnes issues du spectre autistique. Elle travaille dans un établissement d’aide à l’insertion proposant un logement individuel supervisé. Elle se définit délibérément comme accompagnante de vie.
Cela fait maintenant 15 ans qu’il a été, dans le cadre de son activité professionnelle axée sur le soutien et l’accompagnement de personnes autistes, que le sujet trans s’est présenté à elle. Bien sûr, toute transition présente, d’une manière ou d’une autre, des difficultés, dues à nos contemporains, à la bureaucratie, à la médecine et à qui sait quoi encore; mais être en plus rattaché au spectre autistique constitue alors une épreuve en puissance.
Un témoignage personnel
Même Rimmele a dû apprendre énormément au début et aborde ses souvenirs ainsi que les expériences accumulées avec une grande ouverture et une autopréoccupation critique. Comme elle ne souhaitait pas garder pour elle ce riche savoir, elle a rédigé un manuel pratique sur le thème « Autisme et Transidentité » (lien affilié Amazon) destiné aux proches et aux professionnels, publié chez Lambertus-Verlag. Il ne s’agit pas d’un « guide classique », mais d’un témoignage personnel.
Une des premières informations que l’on y trouve est la suivante : « Les normes sociales et les constructions sociales revêtent pour les personnes du spectre autistique une importance moindre que pour les personnes neurotypiques. » Par neurotypique, on entend les personnes dont le fonctionnement neurologique correspond à la « norme ». Des études démontreraient également désormais que « les personnes du spectre autistique se trouvent six à sept fois plus souvent en décalage par rapport à leur sexe biologique que les neurotypiques ».
Surcroît de soutien nécessaire
Pour la part trans plus élevée chez les personnes autistes, Rimmele voit des explications possibles dans certaines attitudes qui leur sont attribuées :
« D’après ma propre expérience, il me semble plausible que l’honnêteté typique de l’autisme et l’indépendance intérieure vis‑à‑vis des normes sociales jouent un rôle dans le fait que les autistes suivent leurs ressentis relatifs à leur genre et les expriment de manière visible. »
De l’autre côté, cela demande sans aucun doute un surcroît de soutien. Par exemple, lorsque Rimmele évoque qu’en pensée autistique il y a souvent du noir ou du blanc. Il est également extrêmement important pour ce groupe de garder le contrôle sur le processus de transition et de réagir plus vite lorsque ce contrôle leur échappe. Les transitions sont souvent associées à des situations imposantes que les personnes du spectre autistique vivent avec plus d’intensité.
L’autisme comme norme variante
Rimmele insiste sur le fait que son livre ne peut pas traiter de la prise de décision en matière de trans — cela ne peut être répondu que par la personne concernée elle‑même. Mais l’auteure montre avec précision les situations critiques qui peuvent se présenter au quotidien en raison de l’autisme chez une personne. Et il n’est pas sans importance de savoir qu’il existe différentes formes d’autisme, d’où l’expression « spectre autistique ».
Mais ce n’est pas tout. Beaucoup d’autistes réfutent l’idée de définir l’autisme comme un trouble, même si médicalement, dans leur cas, on parle de « déficits persistants en communication sociale et en interaction ». Rimmele recommande toutefois une perspective non pathologisante : « l’autisme et la transidentité sont des variables d’une diversité naturelle au sein d’une population ».
Plus de visibilité est nécessaire
Le livre est aussi approfondi que compréhensible, bien structuré et répond sans peine à toutes les exigences que l’on attend d’un manuel pratique. Il comprend aussi une annexe riche en informations, avec des adresses, des liens Internet, des avis sur des brochures et des centres de conseil jusqu’aux explications sur la procédure de demande de prise en charge des coûts lors d’une transition.
À la fin, l’auteure n’oublie pas de souligner à quel point les attitudes paternalistes peuvent être nuisibles et cela devrait, selon elle, changer bientôt : « les personnes trans issues du spectre autistique sont jusqu’à présent encore peu représentées dans l’espace public. »
Gabi Rimmele: Autisme et Transidentité. Un manuel pratique pour les proches et les professionnels. 168 pages. Lambertus-Verlag. Freiburg 2025. Taschenbuch: 27 € (ISBN 978-3-7841-3772-8). E-Book: 26,99 €
