Trump et Poutine font campagne pour Viktor Orbán, hostile aux droits des LGBTQ

18 avril 2026

Depuis maintenant 16 ans, Viktor Orbán, populiste de droite, dirige la Hongrie — et il a presque entièrement politisé la justice en la rapprochant du pouvoir et a réduit à néant une presse indépendante. Mais dimanche, son emprise pourrait vaciller: selon les sondages, son parti autrefois écrasant, Fidesz, doit s’attendre à des pertes importantes — et pourrait même perdre l’élection. Les raisons résident dans les difficultés économiques du pays, notamment une inflation au-dessus de la moyenne, ainsi que des rapports sur des pratiques de népotisme et de favoritisme. De plus, l’opposition a présenté Péter Magyar comme candidat crédible, acceptable pour de nombreux électeurs ex-Fidesz.

Facebook / EuropeElects
|

Entre-temps, Orbán tente de faire de la désapprobation des droits LGBTI l’un des instruments centraux de sa campagne électorale, afin de mobiliser les électeurs conservateurs et de détourner l’attention des problèmes intérieurs. Les personnes queer sont décrites comme une menace pour les enfants — c’est pourquoi des manifestations Pride ont été interdites officiellement l’an dernier (E-llico.com l’a rapporté). Déjà en 2021, le pays avait adopté une loi sur la « propagande homosexuelle » inspirée par la Russie (E-llico.com l’avait rapporté).

Le soutien à l’actuel Premier ministre 62 ans vient également des gouvernements tout aussi hostiles aux droits des personnes queer, des États‑Unis et de la Russie. Actuellement, le vice‑président américain JD Vance est en visite de deux jours à Budapest pour soutenir le gouvernement. Le mois dernier, le président Donald Trump a déclaré que Orbán bénéficiait de sa « approbation entière et totale ». « J’espère qu’il remportera l’élection, et largement », a ajouté Trump. Il a décrit le chef du gouvernement hongrois comme un « homme fort ».

La Hongrie fournit à Moscou des informations internes de l’UE

La Russie tente aussi de soutenir Orbán — par exemple par une couverture médiatique favorable sur son canal RT. Ainsi, la Hongrie est présentée comme un pays qui veut défendre ses valeurs traditionnelles contre les élites à Bruxelles. Par ailleurs, Budapest et Moscou misent sur une coopération renforcée. Le mois dernier, le Washington Post a rapporté que le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, informait son homologue russe Sergueï Lavrov, lors des pauses de sessions sensibles de l’Union européenne.

Dans un premier temps, Szijjártó avait qualifié ces rapports de « Fake News », mais des enregistrements audio de l’entretien ont ensuite été rendus publics. Dans ces échanges, les deux discutent de la manière de contourner les sanctions européennes contre la Russie.

À la suite de cela, la justice hongroise a ouvert une procédure d’espionnage contre le journaliste Szabolcs Panyi, qui avait rapporté l’entretien. Il est diffamé par la Fidesz comme un « actif étranger déguisé en journaliste ». Panyi, qui avait été écouté par le gouvernement hongrois en 2021 à l’aide du logiciel Pegasus, a qualifié les accusations d’espionnage actuelles de « tactique directement tirée du manuel de Poutine ».

L’Union européenne et le gouvernement d’Orbán sont en conflit depuis des années — cela porte notamment sur l’État de droit en Hongrie et les droits des personnes LGBTI. La Commission européenne, dirigée par Ursula von der Leyen, avait déjà poursuivi le pays en 2022 pour sa loi sur la « propagande homosexuelle » (E-llico.com l’avait rapporté). Plus récemment, elle a à nouveau retardé des paiements de l’UE vers la Hongrie. Orbán s’est récemment vengé en bloquant un prêt d’un milliard d’euros à l’Ukraine, pour lequel l’unanimité au sein du Conseil européen est nécessaire.

Le chef de l’opposition sur les questions LGBTI reste réservé

Le chef de l’opposition, Péter Magyar, âgé de 45 ans et souvent décrit comme conservateur-libéral, se montre pour l’instant prudent sur les droits LGBTI. Après l’interdiction de la Pride, il ne s’est pas exprimé publiquement en solidarité avec le CSD, insistant seulement sur le fait que personne ne serait empêché d’exercer, sous son gouvernement, le droit constitutionnel à la liberté de rassemblement. Il estimé qu’il y avait des problèmes plus pressants dans le pays.

Les organisations LGBTI espèrent prendre la Pologne comme modèle: là‑bas, entre 2015 et fin 2023, un parti populiste de droite et extrêmement hostile aux personnes queer a également gouverné et a voulu mettre la justice et les médias sous son contrôle. Il y a un peu plus de deux ans, une opposition unie conduite par le politicien libéral-conservateur Donald Tusk a fini par remporter les élections (E-llico.com l’avait rapporté). Le nouveau gouvernement tente là‑bas d’améliorer quelque peu la situation des personnes queer — par exemple en envisageant l’introduction de partenariats enregistrés (E-llico.com l’avait rapporté). (dk)

Élise Fournier