Des organisations queer et de défense des droits humains en Turquie ont réagi avec effroi à un article d’un quotidien proche du gouvernement selon lequel un nouveau paquet de lois hostiles aux personnes LGBTQ+ serait soumis au Parlement. L’an dernier, ces dispositions avaient été discutées dans le cadre d’un ensemble de réformes du droit pénal et d’autres domaines juridiques, mais, après de vives critiques, elles n’avaient pas été adoptées (E-llico.com en avait fait état).
Désormais, ce paquet, tant draconien que partiellement vague, pourrait être présenté comme un ensemble autonome. Les personnes qui mènent une cérémonie de fiançailles ou de mariage entre personnes de même sexe pourraient être condamnées à une peine d’emprisonnement comprise entre 18 mois et quatre ans. Une loi sur la « propagande » formulée de manière extrêmement vague pourrait aussi être utilisée directement contre les personnes queer, et en particulier les personnes trans : quiconque adopte des « vues et comportements » « en contradiction avec le sexe biologique à la naissance et avec la morale publique », ou qui « encourage, loue ou promeut » ce type de vues ou comportements, pourrait faire face à une peine de prison d’un à trois ans. L’organisation LGBTI KaosGL a qualifié le projet de premier examen de « pire que celui de la Russie ».
Le paquet de lois prévoit également des changements entourant les soins médicaux apportés aux personnes trans : ainsi, l’âge minimum pour les mesures de transidentité et pour la reconnaissance légale passerait de 18 à 25 ans selon le texte. Les traitements ne pourraient être autorisés que dans des hôpitaux désignés par le gouvernement, après quatre évaluations espacées d’au moins trois mois. Celui qui pratiquerait des mesures de réassignation de sexe en dépit de ces règles — ou qui les ferait faire à son propre corps — pourrait être sanctionné par des peines d’emprisonnement et des amendes de longue durée.
Dans une déclaration, quinze organisations queer ont souligné qu’elles combattraient l’adoption de ce texte avec toutes les parties de la société, qui le perçoivent comme « pratiquement criminalisant le fait d’être LGBTI+ et menaçant d’emprisonnement » : « Ce n’est pas seulement une question pour la communauté LGBTI+. Il s’agit de chacun d’entre nous, qui souhaite vivre dans la dignité, librement et sans discrimination dans ce pays. Il s’agit de s’assurer qu’un jour demain aucun enfant ne soit victime d’intimidation parce qu’il est ‘différent’, qu’aucun voisin ne soit stigmatisé en raison de son identité et que nous puissions tous avoir confiance en des lois justes. »
Répression anti-queer croissante
Les dispositions visent à « assurer l’éducation d’individus et de générations physiquement et mentalement sains et à protéger l’institution familiale et la structure sociale », affirme le texte du projet. Les premiers plans avaient été rendus publics il y a environ un an (E-llico.com en avait rendu compte). Le président Recep Tayyip Erdogan avait auparavant proclamé 2025 comme « année de la famille » et, dans un discours, avait désigné la communauté queer comme l’une des menaces majeures pour les familles : « Il est de notre responsabilité de protéger nos enfants et nos jeunes contre les tendances nuisibles et les idéologies perverses. » Depuis lors, on a annoncé une « décennie de la famille », ce que la télévision publique turque a déjà appuyé cette année par une documentation queer-hostile sur le « fascisme arc-en-ciel » (E-llico.com en avait fait écho).
Depuis environ dix ans, Erdogan mise de plus en plus sur une rhétorique anti-queer. En 2015, l’interdiction pour la première fois du Pride de Istanbul, longtemps prisé, a été imposée. Cette interdiction, décidée par le gouverneur nommé par le pouvoir central et maintenue à chaque occasion, a été accompagnée d’importantes interventions policières, d’arrestations, de canons à eau et de gilets en caoutchouc contre une communauté résiliente. Les Pride dans d’autres villes, des universités et des événements culturels queer ont été interdits à plusieurs reprises. Plus récemment, l’autorité des médias a pris des mesures contre des contenus médiatiques queer et un artiste a même été poursuivi (E-llico.com en avait informé). Enfin, les perquisitions et les poursuites visant la société civile et l’opposition se sont multipliées, touchant aussi des activistes et des organisations queer.
Le pouvoir étatique agit par l’intermédiaire de la justice et de la police comme si le paquet de lois anti-queer était déjà en vigueur: « La décision de fermeture de l’association Young LGBTI+ et la procédure pénale visant ses responsables, l’assignation à comparaître de Defne Güzel, présidente de l’organisation « 17. Mai », l’arrestation et l’emprisonnement d’influenceurs LGBTI+ dans le cadre d’une véritable chasse aux sorcières ainsi que la suspension pratique des procédures de gender-affirmation ne sont que quelques exemples de ces pratiques. »
