Un cœur pour les féministes trans-exclusionnistes

4 août 2026

« Wer vieles bringt, wird manchem etwas bringen; und jeder geht zufrieden aus dem Haus. » Das rät der Theaterdirektor dem Autor in Goethes Vorspiel zum „Faust“. Doch geht diese Rechnung wirklich auf? Reicht ein buntes Sortiment, um alle zufriedenzustellen? Das soeben im Wallstein Verlag erschienene und von der Initiative Queer Nations (IQN) herausgegebene „Jahrbuch Sexualitäten 2026“ bringt in der Tat vieles und knausert nicht mit thematischer Vielfalt.

Le sommaire est en effet bien fourni, avec des contributions qui tracent un large arc: de Thomas Mann (était-il vraiment homosexuel ? Ou plutôt bisexuel ?) à Bruno Balz, parolier de chansons à succès (« Kann denn Liebe Sünde sein »), jusqu’au paragraphe 175 et à une perspective historique sur les pratiques de poursuite jusqu’en 1969, puis l’acceptation des personnes LGBT dans la science allemande (à lire, mais c’est un constat inquiétant), pour finir par Judith Butler et son débat « Who has Angst about Gender? ». L’homosexualité domine — comme c’est trop souvent le cas.

La Kunst kommt nicht zu kurz

L’art ne passe pas non plus à la trappe — et l’on nous présente ainsi trois peintres contemporains originaires de Pologne, qui se définissent comme artistes homosexuels et qui se situent dans une « homosexuelle virile », tout en s’aimant « de façon homosexuelle » (ah ben voyons, attention au choix des mots) ; et l’on trouve aussi un compte rendu approfondi de l’extraordinaire exposition « Cinq amis — John Cage, Merce Cunningham, Jasper Johns, Robert Rauschenberg, Cy Twombly », qui, l’an dernier, s’est déroulée d’abord à Munich puis, ensuite, à Cologne. Quelques critiques de livres font office de dessert.

Pourtant, ce n’est pas tout ce que l’année 2026 a à offrir sur 300 pages. Till Randolf Amelung donne férocement à voir la joie maligne que suscite l’échec de l’approche transgenre dans la médecine trans des États-Unis dans « Enfants comme point de rupture », et Jan Feddersen montre, avec l’entretien mené à Vienne avec Faika El-Nagashi, une fois de plus son attachement aux TERFs.

Même un assortiment varié peut s’avérer assez monotone

Et je reviens donc au doute initial sur la vraisemblance de l’équation du directeur de théâtre de Goethe. Je ne doute pas que le Jahrbuch ait trouvé son public fidèle et qu’il l’a, jusqu’à présent, assidûment servi et continue de le faire. Mais cela signifie aussi que la diversité thématique n’est pas synonyme de diversité d’opinions. Le pluralisme n’est pas aussi poussé — sans parler de la dominante homosexuelle.

Ceux qui se livrent tout de même à la lecture constateront, à la fin, que l’on peut parfaitement trouver qu’un assortiment coloré peut aussi devenir assez rébarbatif. Non, faire en sorte que tout le monde rentre chez soi satisfait n’est pas ce que ce Jahrbuch parvient à réaliser aussi peu que les éditions précédentes. Cela n’a probablement pas été l’intention, car on sait bien ce que l’on doit à son public et à soi-même, en tant que ceux qui nagent fièrement contre le « courant dominant » (mais vers où, exactement ?).

La Haute Exigence est là, l’ambition grandiloquente — ce « seuls nous savons vraiment », « seuls nous avons la clairvoyance ». Elle invite à examiner de plus près la relation entre prétention et réalité.


La nouvelle biographie de Thomas Mann est-elle trop centrée sur des détails sensibles?

Commençons par Thomas Mann et le verdict sévère de Hans-Rudolf Vaget sur la biographie Mann publiée l’an dernier par le duo Lahme et dtv. Vaget, lui aussi spécialiste de Mann, déplore des lacunes de lecture non négligeables, dénonce des malentendus et affirme même que cette biographie est selon lui bien trop « centrée sur le corps ».

Bon, que Thomas Mann ait eu des rapports avec l’homosexualité n’est ni nouveau ni surprenant. Vaget ne tranche pas de façon catégorique, mais suggère, avec des points d’interrogation, une interprétation bisexuelle possibile de Mann. Laissons l’écrivain, qui n’a pas rêvé uniquement d’hommes, enfin en paix. J’aimerais seulement que son épouse Katia, née von Pringsheim et mère de six enfants, obtienne aussi un peu d’éclairage (mot clé: égalité des genres).

Judith Kessler démêle, dans son essai “Hitlers Hit-Schreiber” Bruno Balz (1902–1988), de nombreuses légendes. Il suffit de plonger dans les archives poussiéreuses pour voir plus clair et discerner les dérives des héritiers imaginatifs. Pour les plus jeunes, rappelons que Balz fut un parolier à succès avant et après 1945, auteur non seulement de hits pour Zarah Leander comme « Kann denn Liebe Sünde sein » ou « Davon geht die Welt nicht unter ».

Un regard discutable sur le paragraphe 175

Également intéressant est le texte de Matthias Gemählich, « De leur passé rattrapé », qui se penche sur les biographies de survivants homosexuels des camps, et qui, après 1945, se heurtèrent à la poursuite désormais fédérale en matière de paragraphe 175. Inouï ce que l’auteur révèle. Il s’est concentré sur la jurisprudence des tribunaux de Francfort pour montrer que d’anciens détenus de camps se retrouvaient, dans une order démocratique libérale, à des peines plus fortes, car ils étaient considérés comme des « récidivistes incorrigibles ». Survivre dans les camps était un stigmate qui alourdissait la peine.

Alexander Zinn poursuit également le débat sur la réforme et la poursuite du paragraphe 175 dans « Un environnement plus libre ? ». Mis à part une véritable remontée des procès dans les années 1950 à Francfort, Zinn constate, pour les années 1960, des peines globalement plus clémentes et plus d’acquittements, ce qui peut être lu comme une « libéralisation ». Le matériel de recherche publié est impressionnant, mais les conclusions demeurent déroutantes — et ce, notamment à la lumière du travail de Gemählich.

Il est douteux, et même problématique, de parler de libéralisation relative à l’incrimination générale de l’homosexualité. Certes, les peines plus clémentes ont existé, mais elles ont eu des répercussions sociales non négligeables.

Le raisonnement de Zinn s’appuie aussi sur l’idée d’une société à deux vitesses chez les gays: d’un côté, la majorité « ordinaire » gay qui vivait sans trouble, de l’autre les personnes qui tombaient dans les filets de la justice. Et que dire de l’argument qui voudrait que le paragraphe 175 ait été nécessaire pour « normaliser » l’homosexualité? Ce n’est qu’en matière de punition que l’on aurait compris qu’il n’en fallait pas, et non l’inverse.

Une disposition stratégique à interpréter intentionnellement mal

Que Judith Butler ne soit pas bien traitée dans le « Jahrbuch » était prévisible. En revanche, je ne saurais dire que j’aie trouvé des arguments solides dans le texte d’Alex Grüber contre Butler — du moins pas quand il s’agit de « Wer hat Angst vor Gender ? ». Globalement, dans les critiques adressées à Butler, on perçoit une volonté stratégique d’un décalage volontaire avec le sens des textes. Et si Butler, comme l’avance Grüber, est accusée d’être détachée et incompréhensible, je souhaiterais des critiques qui ne répondent pas sur ce ton hautain et peu clair.

L’opposition de Till Randolf Amelung à la médecine trans chez les mineurs est connue. Ce que je regrette, c’est l’absence, ici encore, d’une critique constructive qui proposerait une voie pour mieux traiter les jeunes trans. Cette critique existe, certes, mais on aimerait la lire davantage, et sur ce sujet précis: comment, selon Amelung, aborder les enfants trans une fois et pour toutes ?

Jan Feddersen en visite chez une TERF

Puis vient l’intervention de Jan Feddersen, qui s’est entretenu à Vienne avec Faika El-Nagashi. El-Nagashi fut autrefois une figure des Verts en Autriche, mais ses positions ont évolué et ne correspondaient plus au programme des Verts. Elle a des difficultés avec les personnes FLINTA et avec les symboles du genre en général. Elle définit la femme comme une marchandise biologique et n’accorde que le vagin, le pénis et l’utérus comme caractéristiques féminines.

Le think-tank qu’elle a fondé, Athena-Forum, ne m’inspire toutefois pas autant de crainte que ce que laisse entendre son programme: « Nous sommes la première organisation à l’échelle européenne qui protège le genre comme réalité biologique ». Ce qui promet, de fait, un tournis idéologique qui peut s’avérer inquiétant pour ceux qui attendent un débat plus nuancé.

Qu’elle soit qualifiée de TERF (femme trans-exclusionniste radicale) la blesse, mais pour elle, ce qualificatif est une simple insulte, et elle préfère le voir comme une normalité. Que peut-on en dire, si ce n’est que le sujet mérite réflexion et que les positions extrêmes ne font pas forcément progresser le débat ?

Infos sur le livre
Jahrbuch Sexualitäten 2026. Édité par Jan Feddersen, Rainer Nicolaysen, Till Randolf Amelung, Jörg Jungmayr Miguel. 304 pages. Wallstein Verlag. Göttingen 2026. Couverture rigide : 34 € (ISBN 978-3-8353-6177-5). E-book: 33,99 €
Élise Fournier