Avec son album électronique hyperpop « brat » et sa pochette iconiquement vert poison, la chanteuse britannique Charli xcx — également chanteuse, productrice et auteur-compositrice — a déclenché un phénomène mondial dans la pop culture: le « brat summer ». Un commentaire punk parfait qui se moque des idées culturelles conventionnelles et célèbre une mentalité de pur indifférence décomplexée.
Aujourd’hui, après l’idée de Charli xcx, un film est né — une mockumentary réalisée par Aidan Zamiri, avec qui elle avait déjà collaboré sur les vidéoclips « 360 » et « Guess » avec Billie Eilish. Parallèlement à la tournée mondiale « brat » prévue, un film-concert est aussi en développement, et tout le monde veut intervenir, contribuer — et surtout gagner de l’argent. En particulier, le grand réalisateur Johannes Godwin (Alexander Skarsgård) tente de réécrire entièrement la dynamique entre Charli et sa Directrice créative (Hailey Benton Gates) pour produire une version familiale et grand public, PG, sponsorisée par Amazon. Un film-concert sur un album qui parle ouvertement de la consommation de drogues ? Johannes appelle cela simplement « cocaïne métaphorique ».
Parodie de l’industrie
« The Moment » se présente comme une parodie de l’industrie, un commentaire satirique sur l’engouement médiatique autour du buzz « brat » — une approche qui ne parvient toutefois pas toujours à fonctionner. Parfois le film est plutôt drôle, surtout dans les regards perplexes directement vers la caméra. Le style mockumentaire et la rupture du quatrième mur fonctionnent souvent bien, mais apparaissent aussi souvent trop longuement trainés, épuisants — et en même temps saturants.
Des effets stroboscopiques intenses traversent le film à plusieurs reprises, devenant physiquement perceptibles en salle. Ils sont censés transmettre de nouvelles informations, lieux et contextes, mais clignotent si rapidement qu’il est difficile de suivre — et c’est exactement l’intention. Il s’agit de désorientation, d’un entre-deux, du sentiment de surcharge que Charli éprouve et qui se transmet au public: qui parle en ce moment? De quoi s’agit-il exactement ?
De nombreuses apparitions
Également, les nombreuses apparitions, telles que Kylie Jenner, Julia Fox et Rachel Sennott (et pourquoi pas Troye Sivan ?), renforcent cette impression de surcharge. À intervalles, des hooks, des couplets et des références commencés apparaissent (« communist cum slut »), lisibles pour les fans mais qui bloquent l’accès pour les autres spectateurs. En même temps, le film s’adresse de façon particulièrement directe à son public-cible: les gays et les theys, notamment lorsque, sur le ton ironique, une carte de crédit « brat » est présentée spécialement pour les personnes queer.
Charli elle-même apparaît dans son premier film comme une version partiellement fictionnalisée de sa personne: agacée, contrariée, passive — un miroir de l’angoisse derrière l’éclat omniprésent des projecteurs. C’est précisément pour cela que le film paraît souvent incohérent, car l’histoire de la création de l’album reste éludée. Il manque l’élévation dramatique qui ferait comprendre pourquoi le présent n’est plus qu’un écho déformé et ardu de l’idée artistique initiale. « The Moment » ne montre pas la joie de la musique ou de l’album, mais surtout l’énorme traînée d’attentes, d’intérêts et de tentatives de capitalisation qui s’y rattachent.
Direktlink | Offizieller deutscher Trailer
|
En réalité, il y a là une critique passionnante: Charli a écrit et produit l’album elle-même, et peu de personnes croyaient au succès retentissant de « brat ». Pourtant, on ne s’approche pas d’elle — ni de la version fictionnalisée ni de l’artiste réelle. Ses réactions consistent en refus, en sarcasme et en démonstration d’un manque d’enthousiasme, autant d’éléments de son image publique. Le film respecte cette distance, ne cherche pas à instaurer une vraie proximité et montre plutôt comment elle se protège délibérément des regards avides du public. De nouvelles perspectives sur la célébrité, il n’en offre toutefois guère.
On aimerait plus de drame
Le passage le plus touchant survient lorsque Charli parvient enfin à laisser derrière elle le phénomène « brat » et formule sa peur d’être figée en artiste — devenue insignifiante une fois que « The Moment » est terminé. Dans ces instants, une vulnérabilité éclate: à la fin, elle n’est finalement qu’une « de nous ».
Toutefois, malgré quelques approches fortes, le film manque de substance. On souhaiterait plus de drame et moins de réunions, moins de bureaucratie et de méta-commentaire. La parodie de l’industrie capitaliste et avide reste trop timide, la fin paraît étrangement pliée. Certes, le film aborde l’incapacité à prendre des décisions sous surveillance permanente, le ressenti d’être forcé dans un rôle, et le fossé entre l’identité underground et les feux de la rampe grand public. Mais jusqu’au bout, il reste ambigu sur ce que Charli veut véritablement représenter, au-delà de la surcharge, des drogues et des éclats de lumière strobo — et c’est là, en fin de compte, dommage.
The Moment. Mockumentary. USA 2026. Réalisation: Aidan Zamiri. Distribution: Charli xcx, Rosanna Arquette, Kate Berlant, Jamie Demetriou, Hailey Benton Gates. Durée: 103 minutes. Langue: version originale anglaise avec sous-titres en allemand. Âge: FSK 12. Distribution: Universal Pictures. Sortie cinéma: 19 février 2026
