La situation juridique au Japon demeure difficile pour les personnes queer. Bien que diverses décisions de justice progressistes appellent à des avancées, la politique bouge peu. Or environ les deux tiers de la population soutiennent le mariage homosexuel selon les sondages. L’adhésion aux personnes trans est toutefois nettement moindre, et elle a même tendance à diminuer — comme c’est le cas récemment dans de nombreux endroits du monde.
Un film comme « This is I » est donc un signal largement positif. La production japonaise de Netflix raconte l’histoire vraie de la chanteuse trans Haruna Ai (53 ans) et de son médecin chirurgien compatissant et courageux Koji Wada (1953-2007) — et ce racontage place l’empathie du public directement auprès des deux protagonistes, qui doivent se frayer un chemin face à de multiples obstacles sociétaux et juridiques.
Le chirurgien aide malgré le risque pour sa carrière
La première opération légalement reconnue de réassignation sexuelle au Japon a eu lieu en 1998; Koji Wada opérait Haruna Ai dès 1995, prenant le risque pour sa carrière et devenant en même temps une sorte de pionnier pour ces interventions dans l’archipel asiatique. Au total, il a aidé près de 600 personnes trans, mais en 2002, après le décès d’un patient sur le bloc opératoire, il est devenu l’objet de l’attention des autorités, et selon le film, il n’a plus jamais vraiment pu s’en remettre.
« This is I » commence en 2009 à Pattaya, en Thaïlande, où Haruna Ai (Haruki Mochizuki) participe au concours international de beauté transgenre « Miss International Queen » — sa victoire en tant que première candidate japonaise lui confère enfin la notoriété qu’elle rêvait d’avoir dans son pays (E-llico.com l’avait rapporté). Mais auparavant, le film raconte son histoire en retours en arrière.
Harcèlement et moqueries sans pitié
Née en 1972, Ai comprend très tôt que ce prétendu garçon diffère des autres. Déjà enfant, Ai rêve de devenir un « Idol », l’appellation asiatique pour une superstar adorée par des milliers de fans. Plus tard, à l’adolescence, elle est d’abord vivement harcelée à l’école et raillée sous l’accusation de « ne pas être assez masculin ».
Le premier rayon d’espoir apparaît sous la forme d’un club nocturne queer qu’Ai découvre en suivant clandestinement une femme trans seductorablement vêtue (interprétée par la chanteuse et actrice trans Ataru Nakamura), que Ai croise par hasard dans la rue. Cette femme chante sur scène avec d’autres; Ai se convainc alors: c’est exactement ce qu’elle veut faire. Elle obtient l’accord de l’équipe pour l’intégrer. Et puis survient le second salut, lorsque, un soir, le chirurgien Koji Wada (Takumi Saitoh) apparaît dans le club et est profondément fasciné par sa prestation.
Wada lutte depuis longtemps avec l’idée de ne pas seulement sauver la vie de patients gravement déformés, mais aussi de les aider à mener malgré tout une vie épanouie. Il comprend rapidement que, pour Ai, cela ne peut être accompli que par une opération — une opération qui est doublement risquée: d’une part sur le plan légal, car de tels actes étaient encore illégaux au Japon à l’époque, et d’autre part sur le plan médical, car lui-même n’avait jamais pratiqué ce genre d’intervention auparavant. Néanmoins, Ai et lui finissent par décider de tenter l’aventure.
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Pionnier pour la communauté queer japonaise
« This is I » repose fortement sur la relation entre ces deux personnes courageuses qui doivent affronter divers obstacles et qui, d’une certaine manière, accomplissent un travail pionnier pour la communauté queer du Japon. Les personnages secondaires restent toutefois plutôt en filigrane malgré la durée du film, qui dépasse les deux heures — qu’il s’agisse des parents d’Ai et de son approche de l’évolution de leur enfant, de sa famille choisie au club ou de son petit ami temporaire, qui est déjà amoureux d’elle avant l’opération et semble mieux appréhender la situation qu’Ai elle-même.
Bien que le film prenne la forme d’un drame, il propose occasionnellement des insertions musicales surprenantes et des numéros de danse colorés qui semblent exprimer l’intériorité d’Ai, même si stylistiquement, ils ne s’accordent pas parfaitement avec le reste. Toutefois, This is I vaut la peine d’être vu pour son contexte réel remarquable — et pour l’interprétation convaincante et émouvante d’Ai par Haruki Mochizuki, qui n’avait que 17 ans au moment du tournage.
Lien direct | Bande-annonce originale sous-titrée en anglais
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« Toucher les cœurs des gens »
Son partenaire de jeu, plus âgé et bien plus expérimenté, Takumi Saitoh, a confié lors d’une intervention au Japon qu’il avait visionné le film avant sa sortie officielle en compagnie d’Haruna Ai, de sa mère et des proches de Koji Wada: « Les deux familles ont été émus jusqu’aux larmes et se sont embrassées. Avant que le monde ne puisse le voir, il a selon moi déjà touché les personnes qu’il fallait toucher le plus. » Saitoh a souligné que le film raconte non seulement l’histoire d’Haruna Ai, « mais aussi celle d’un homme dont le rêve est de l’aider à réaliser son rêve. J’espère qu’il touchera profondément le cœur de toutes les personnes. »
Si cela parvient aussi au Japon lui-même et influence peut-être positivement l’attitude envers les personnes trans, Ai et Wada auront rendu à leur communauté un service qui aura resoné bien plus tard encore.
This is I. Biopic. Japon 2026. Réalisation : Yusaku Matsumoto. Distribution : Haruki Mochizuki, Takumi Saitoh, Tae Kimura, Seiji Chihara, Shido Nakamura, Yumi Suenari, Ataru Nakamura. Durée : 129 minutes. Langues : version originale japonaise, version française. Sous-titres : allemand (facultatif). Classification : +12. Depuis le 10 février 2026 sur Netflix
