À Montmartre, la demi-monde parisienne s’agite et, en son centre, se tient le petit Chouchou. C’est un fugueur qui a dérobé à sa mère une grosse somme d’argent. Désormais, il veut découvrir le vaste monde, mais il n’arrive pas à quitter Paris. C’est le sujet du roman historique d’Alec Scouffi, « Hôtel au poisson rouge » (lien affilié Amazon), publié en 1929, qui paraît aujourd’hui dans une nouvelle édition.
Pas à pas, le jeune homme se délite; il vit des liaisons et des rencontres avec des femmes et des hommes. Il devient une muse pour les artistes et un plaisir pas toujours bon marché pour les pères de famille venus de la province. Et dès le début, la tragédie des conditions de vie dans la prostitution illégale pointe déjà, avec la répression policière, la concurrence et la violence.
Un roman de révélation des années 1920
Sa bien-aimée Luise, son amant Bob, son rival Luc et Bijou, la matrone au grand cœur — tous font partie des éclats multicolores dans le kaléidoscope du quartier des plaisirs autour de l’hôtel portant le nom du poisson rouge. Cet établissement au fâcheux renom devient le cadre de vie et le centre de travail. La perte de cet ancrage scelle la déchéance du protagoniste.
La romance d’une « Pretty Woman » cherche-t-on en vain dans le roman d’Alec Scouffi. Scouffi s’empare du zeitgeist, qui, dans les romans d’enquête soi-disant réalistes, offrait à la bourgeoisie à la fois une édification morale et un divertissement érotique. Une telle œuvre se vend encore bien aujourd’hui.
La réédition du roman « Zum Goldfisch », publiée récemment par la Bibliothek rosa Winkel, contient pour la première fois l’intégralité des descriptions explicites de la sexualité homosexualisée qui avaient mis le livre en effervescence lors de sa parution en 1929. En réalité, l’audace et la fraîcheur du roman de ce milieu, qui décrit la demi-monde parisienne des années 1920, restent intacts près d’un siècle plus tard. Le tableau que Scouffi brosse des quartiers de plaisirs aujourd’hui disparus entre la Place Pigalle et le Bois de Boulogne est d’ailleurs plus amusant et bien plus vivant que ce que le Hollywood de « Moulin Rouge » ou d’« Irma la douce » n’a jamais osé proposer.
Alec Scouffi a été assassiné
Avec le nom d’Alexandre Scouffi, il naquit en 1885 à Alexandrie, en Égypte, au sein d’une famille grecque aïeule et aïeul aisée; il étudia le chant et écrivit déjà de la poésie à Alexandrie. Là, il fut aussi en contact avec le poète grec homosexuel Constantin Kavafis. Il s’installa en 1920 à Paris et réussit parfois comme chanteur à Bruxelles et à Monaco, même s’il ne put adopter durablement cette carrière pour des raisons de santé. Il écrivit et publia ses poèmes avec un certain succès en français, la langue étrangère privilégiée par la bourgeoisie grecque éduquée.
En 1932, Alec Scouffi fut retrouvé mort dans son appartement, frappé de dizaines de coups de couteau; le meurtre suscita l’attention du public parisien. Dans de nombreux avis mortuaires, on souligna toujours la proximité de l’auteur avec le milieu qu’il avait décrit avec tant de clarté en 1929 dans « Au Poiss’ d’Or. Hôtel meublé ».
Alec Scouffi : Hôtel au poisson rouge. Roman. Traduction par Karl Blanck et Helene Schauer ainsi que J. J. Schlegel. Avec un avant-propos et un après-propos de Wolfram Setz. Bibliothèque rosa Winkel, tome 75. 296 pages. Männerschwarm Verlag. Berlin 2026. Format relié : 24 € (ISBN 978-3-86300-405-7). Livre électronique : 17,99 €
