« Pizza Orlando » (lien d’affiliation Amazon) est le roman de premier livre de l’artiste Clara Umbach, qui regorge autant de références divertissantes que surprenantes, comme le laisse prévoir le titre. L’histoire d’amour lesbienne suit Clara et Nina sur une année entière, avec ses hauts et ses bas. Conformément au style interdisciplinaire de l’artiste Hamburgienne, elle ne se raconte pas en prose traditionnelle, mais sous forme de conversations par chat, resserrées par des passages diaristiques et des listes. Il s’agit d’un protocole de deux vies aussi différentes que possible — mais qui ne veulent pas se quitter pour autant.
Les supports que Clara Umbach explore sur le plan artistique vont de la céramique aux performances, en passant par des formes textuelles. Ce qui unit ses travaux intermédiats, c’est leur traitement des questions relatives à l’identité queer. Souvent issus de processus collectifs, ils dépassent aussi l’idée d’une identité comme entité close.
Cette approche se poursuit désormais dans son roman de début : des personnages, inspirés de sa propre vie. Le flux narratif fictif se déploie dans le cadre du dialogue. Les réminiscences réelles du roman — par exemple le fait que la protagoniste est elle aussi artiste comme Umbach — reculent devant des constructions littéraires qui font du fragmentaire une forme d’écriture. À mesure que les deux personnages se confrontent dans leurs échanges, chacun peut finalement voir émerger les perspectives de l’un et de l’autre, avec leurs réalités de vie qui se démarquent mais qui s’entrecroisent.
Deux personnages en lutte pour un équilibre commun
Clara est mère célibataire, vit dans une précarité économique et poursuit ses études. Elle jongle entre les responsabilités, l’insécurité financière et l’exigence artistique. Nina, elle, porte la chorée de Huntington — une maladie héréditaire incurable qui provoque à la fois des symptômes psychiques et physiques. Quand les deux se retrouvent après de nombreuses années, elles tombent amoureuses. Clara, dont l’attention et le soin se partagent déjà entre éducation, travail et études, veut aussi être là pour Nina. Cela place leurs sentiments amoureux dans une zone de tension : où s’arrête l’amour et l’attention, et où commence l’infantilisation ? C’est une danse qui explore les nuances entre prévenance et désir érotique.
Le quotidien de Nina est marqué par le défi de naviguer dans une vie dominée par une maladie qui mène inévitablement à la mort. Les premiers signes restent souvent non spécifiques, ce qui se reflète aussi dans le roman. Dans le chat entre Clara et Nina, cela devient particulièrement évident : entre déclarations d’amour et doutes, apparaissent des instants où les traits de caractère et les symptômes de la maladie se brouillent de manière difficile à distinguer. Ce n’est que lorsque Nina commence à nommer sa maladie selon les situations qu’il devient clair qu’elle se bat pour préserver sa personnalité. Les insertions en prose quasi diaristiques offrent des aperçus sur son histoire familiale et montrent comment la maladie héréditaire a déjà façonné sa vie avant le diagnostic.
Plutôt que de jouer le drame évidemment attendu, Umbach décentre le récit avec la Clara hyper-analytique et transpose la narration dans un va-et-vient autour de la question suivante : comment construire une relation amoureuse qui est, dès le départ, confrontée à une fin possible ? Les manières distinctes dont elles interagissent, mises en lumière par le chat, révèlent également les manipulations inconscientes qui entravent leur épanouissement durable.
Vitrines sur une tradition littéraire queer
Umbach relie en outre la structure fragmentaire de narration à des références d’icônes queer. Déjà le titre « Pizza Orlando » fait écho à Orlando de Virginia Woolf. Il s’agit d’un texte clé dans l’histoire de la littérature queer, non seulement parce qu’il s’agit d’une biographie racontant la transition d’un homme de la noblesse, mais aussi parce qu’il est perçu comme une déclaration d’amour lesbien de l’auteure.
Else Lasker-Schüler laisse également son empreinte dans ce premier roman. La ligne « Je te porte tout le temps, entre mes dents » condense poétiquement le champ de tension entre sollicitude, amour et peur dans lequel se situe la relation. Ces renvois intertextuels ne sonnent jamais comme des ornementations, mais s’insèrent, sans pompes, dans le quotidien des protagonistes, qui les accueillent comme des associations d’idées spontanées.
Finalement, la structure fragmentaire relie les vies très différentes de Clara et Nina ainsi que leur relation mutuelle. « Plus il y a de monstres, mieux c’est » devient ainsi le leitmotiv qui place le roman dans la tradition de la littérature queer: la collage constitué des divers personnages, de leur échange par chat et des références littéraires détourne l’étrange — ici l’incertitude associée à la maladie de Nina — vers l’inconnu familier et ouvre de nouvelles perspectives sur l’intimité et la relation.
Ainsi, « Pizza Orlando » propose une expérience de lecture rafraîchissante qui divertit tout en exigeant une lecture attentive et poétique. Ceux qui apprécient les dialogues malins et les insinuations ludiques découvriront ici exactement le juste mélange entre évasion et stimulation intellectuelle.
Clara Umbach : Pizza Orlando. Roman. 176 pages. Édition Ecco. Hamburg 2026. Livre relié : 22 € (ISBN 978-3-753-00115-9). E-Book : 17,99 €
